Témoignage par Aude.

Portrait N°6

Je suis l’ange, je suis la femme, je suis la vie, je suis l’âme que j’ai toujours été.

Anne Laure

 

Je m’appelle Anne Laure je suis née à Saint-Etienne à la maison maternelle de la clinique Trousseau le 3 mai 1971 sous les noms de Florence Clarisse. 

Je suis rapidement placée en pouponnière où on me garde 6 mois histoire de me rendre présentable parce que je ne mange pas beaucoup et suis un peu maigrichonne. Je suis adoptée ensuite par une famille qui n’a pas d’enfant.  ’’La merveille pour mes parents ». Pour la famille de mes parents l’adoption est taboue en raison de leur situation sociale de l'époque, il y a un risque à donner son nom à des inconnus.

Deux ans plus tard ils adoptent une autre petite fille, je deviens l’aînée, ma petite enfance est très choyée et protégée.

 

Revers de fortune dans les années 1980, mon père tombe malade. Je suis alors âgée de 10 ans. Je suis inquiète, je me pose des questions même si mes parents ne m'ont jamais caché mon adoption. Mon père a des soins lourds et ma mère s’occupe de lui ce qui me laisse beaucoup de temps pour me questionner, les premières crises d'angoisse apparaissent.

A 12 ans, le médecin de famille me prescrit du Lexomil.

Mon adolescence est difficile et je traverse une crise identitaire, je suis dure et violente. Entrée au Lycée on me surnomme'' l’ours''. Je ne me lie pas facilement avec les autres.

J’ai un point fixe, une obsession, je veux savoir qui je suis. Ça me bouffe.

 

A 18 ans, je me rends à la DDASS (ex ASE). J’ai affaire à une femme, froide, les bras croisés sur sa poitrine. Je ressors de cet entretien avec quelques éléments importants mais non identifiants :

Nombre de frères et sœurs, l’âge de mes parents biologiques, je suis la dernière de la fratrie. Mais toujours ces questions en moi. Je me sens dépressive, perdue. Ma sœur cadette est tout le contraire de moi, elle ne semble pas avoir de quête identitaire.

Dans ce tourbillon existentiel, je tente de me construire, après le bac, je m’oriente vers des études d’architecture d ’intérieurs puis, le temps, ma vie se passent ainsi.

 

J'ai 26 ans, mon père meurt, le sentiment d'abandon est bien là.

 

Âgée de 28 ans je quitte le compagnon que j'ai depuis plus de 10 ans, je me retrouve seule, pleine de questions sans réponses, un malaise intérieur me ronge...Marre d’être dans cet état, je me décide à pousser la porte d’un pédopsychiatre, une analyse qui va durer plusieurs années. Ces échanges m’aident bien-sûr, chose nouvelle, je prends soin de moi et durant 4 ans, je vis seule dans mon appartement et plus que jamais je décide de faire taire les méandres de ma douleur, mon désespoir.  

 

Un jour, je contacte le journal local de ma commune et propose mon témoignage qui devient une bouteille à la mer. Je n’ai plus peur du regard des autres, à la suite de ce premier article certains me soutiennent d’autres sont très critiques et me trouvent ingrate vis-à-vis de mes parents adoptifs.

 

6 mois peut-être se sont écoulés depuis l'article ... Je reçois une lettre de la DDASS qui m’écrit pour me dire qu’ils ont en leur possession une lettre vraisemblablement écrite par ma mère biologique elle explique que, comme elle ne m 'a jamais tenue dans ses bras, elle ne me considère pas comme son enfant… Coup dur…

 

Je réponds par un autre article, j’exprime mon désir de prendre un verre avec elle, pour en parler justement. Pour lui expliquer, je n’attends rien, je souhaite simplement connaitre mon histoire. 

Je ne suis pas à la recherche d'une famille.

 

Quelque temps plus tard, je reçois une deuxième lettre anonyme, les mots sont durs :'' Il faut qu’elle arrête de me chercher sinon, je me suiciderai, de toute façon, on va quitter la région.'' 

Je ne veux pas en arriver là, je décide durant dix ans de laisser faire le temps.  Je rencontre celui qui devient mon mari et notre fils nait en 2004, je suis à mon tour une maman.

 

2005, je refais paraitre un article dans le journal local et cette fois-ci, rien, pas de bruit, ni de nouvelles.

 

2013, je perds pieds...Je suis arrêtée quelques jours par mon médecin et durant cette convalescence, je commence à écrire, j’écris mon histoire je lâche prise, des soucis de santé se greffent là-dessus, je ne peux plus retourner travailler, je signe une rupture conventionnelle. 

J'écris, souvent la nuit. Je change de psychiatre, il me trouve un traitement qui me convient. Je m’occupe de mon fils, de moi et de mon livre qui prend forme et il devient important pour moi que celui-ci soit édité, de faire connaître au grand public la cause et la souffrance des personnes nées sous X et expliquer que l'acte d'abandon est violent.

 

Je pose mon histoire pour mon fils.  '' X un jour, X toujours…''sort en octobre 2014. En 2015 je fais ma première fête du livre.

Je reprends un travail dans une autre société et je découvre que mon fils n’est pas très heureux dans son école, alors, en 2017, nous décidons de partir nous installer pour quelques temps à la montagne dans une maison familiale. Il s'y plaît et je découvre un nouveau job, nous sommes bien au bon air !

 

2018, je fais un test ADN un peu comme on tente une dernière chance, il ne se passe rien jusqu’à l'été 2019, j’ai un match de 12.9% !

J'entre en contact et je rencontre des personnes bienveillantes prêtent à m'aider même si je mets le doigts sur un secret de famille.

 

Aujourd’hui, je sais qui je suis,

Je suis entière et c’est presque suffisant. Je n'en veux presque plus à tous ces travailleurs sociaux qui gardent jalousement leurs dossiers.

 

J’ai ma famille, mon mari, mon fils et une mère aimante.

 

Il m’arrive de conseiller, ou d'écouter un enfant ou ses parents adoptifs qui me demandent des conseils et si, à mon petit niveau, je peux aider, c’est bien.

Bien sûr qu'il faut aller voir son dossier à l'ASE, bien sûr qu'il faut faire des démarches et en dernier recours saisir le CNAOP.

Mais ces test ADN sont une véritable chance, sans eux je n'aurais jamais pu remonter jusqu'à ma famille biologique.

Alors faites-les. Si les données se multiplient les chances de ''matcher’ ‘se multiplieront aussi.

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